Fed et BCE : des hausses programmées ?

Écrit par Audrey Croiset
Édité parMaxime Parra
Publié le 31 août 2026

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0,0 %. C’est la probabilité d’une baisse des taux de la Fed lors de ses trois prochaines réunions, quand une hausse ressort à 65,9 % pour celle du 16 septembre. Ni la Fed ni la BCE n’a pourtant promis de relever ses taux.

L’essentiel

Le compte rendu de la réunion de la BCE du 23 juillet, publié le 27 août, juge une nouvelle hausse « probablement nécessaire » sauf amélioration des perspectives d’inflation. La phrase suivante précise qu’elle n’est pas pré-engagée pour septembre.

Kevin Warsh a écarté l’orientation prospective à Jackson Hole le 28 août et jugé les conditions financières générales non restrictives. La probabilité d’une hausse de la Fed en septembre est passée de 41,4 % le 24 août à 65,9 % le 31.

À la réunion de la Fed du 9 décembre, l’outil FedWatch donne 88,7 % de chances d’un taux supérieur à l’actuel et 0 % à une baisse.

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La BCE, un refus d’engagement écrit noir sur blanc

Le Conseil des gouverneurs a maintenu ses trois taux directeurs le 23 juillet, à l’unanimité.

Le compte rendu de cette réunion, publié le jeudi 27 août, retient que les données disponibles plaidaient fortement pour une pause. Il cite l’inflation de juin inférieure aux attentes, le léger reflux de l’inflation sous-jacente et des salaires compatibles avec la cible. [1]

L’inflation de la zone euro est retombée à 2,8 % en juin, après 3,2 % en mai. L’énergie a ralenti à 8,5 %, contre 10,8 %. L’alimentaire est revenu à 1,5 % et la composante hors énergie à 2,2 %. L’inflation sous-jacente s’établit à 2,4 %.

Depuis, elle est repartie dans l’autre sens. Eurostat a publié le 19 août une inflation de 2,9 % pour juillet, contre 2,8 % en juin. L’énergie y est remontée à 10,3 %, après 8,5 % en juin. Un an plus tôt, l’ensemble ressortait à 2,0 %. [2]

On apprend également que certains membres « n’auraient pas été opposés à une hausse des taux lors de cette réunion ». Ils jugeaient faible la probabilité d’un scénario où une hausse supplémentaire ne serait pas justifiée. Ils renvoyaient à l’analyse de juin, qui montrait un besoin de hausse dans tous les scénarios projetés.

Le compte rendu juge qu’« une nouvelle hausse serait probablement nécessaire à moins que les perspectives d’inflation ne s’améliorent significativement ».

La phrase suivante demande que la communication souligne que le Conseil « n’est pas pré-engagé sur une hausse en septembre », pour laisser ouverte l’hypothèse d’une amélioration des perspectives à moyen terme.

Une hausse en septembre était « quasi intégralement intégrée » par le marché à la date de la réunion. Une seconde l’était pleinement à l’horizon de février 2027. Le marché se montrait plus agressif que les économistes interrogés par la BCE, qui n’en attendaient qu’une seule d’ici la fin 2026. L’enquête avait toutefois été conduite en grande partie avant la ré-escalade du conflit au Moyen-Orient.

Chaque réunion se ramène à « un choix clair entre maintenir et relever » les taux, écrit la BCE. La baisse ne semble pas être une option.

Le taux de dépôt est à 2,25 % depuis le 17 juin, après une hausse de 25 points de base. Le taux de refinancement est à 2,40 % et le taux de prêt marginal à 2,65 %. Une nouvelle hausse de 25 points de base porterait ces trois taux à 2,50 %, 2,65 % et 2,90 %. [3]

Warsh, la discipline plutôt que la décision

Kevin Warsh a prononcé le vendredi 28 août son premier discours de Jackson Hole comme président de la Fed. C’était son centième jour en fonction.

Il a écarté l’exercice attendu dès l’annonce de son plan : « appelez ça un sommaire, appelez ça une carte de randonnée, mais surtout pas de l’orientation prospective ». L’orientation prospective, c’est l’engagement d’une banque centrale sur la trajectoire future de ses taux. [4]

Son diagnostic sur les conditions financières suit la même ligne. « Je serais bien en peine de décrire les conditions financières générales comme restrictives », a-t-il déclaré. Les marchés du crédit et du prêt « montrent peu de signes de contrainte monétaire ».

La consommation réelle progresse de plus de 2 % sur quatre trimestres, selon les chiffres qu’il cite. Les achats privés domestiques finaux avancent de près de 3 % depuis janvier. Le logement et l’agriculture montrent en revanche des tensions.

Warsh désigne ensuite le responsable de l’inflation américaine. « La responsabilité de 65 mois d’inflation élevée et persistante incombe à la banque centrale. Et c’est là qu’elle doit rester. »

Il pose son critère. « Nous devons avoir la conviction que l’inflation sous-jacente se rapproche de notre objectif, clairement et à une vitesse suffisante. Sinon, il reste du travail. »

Il conclut ainsi : « Je m’engage aujourd’hui envers une discipline, pas envers une décision. »

Le comité avait maintenu ses taux le 29 juillet par neuf voix contre trois. Les trois dissidents réclamaient une hausse de 25 points de base. [5]

Le taux effectif des Fed funds ressort à 3,63 % le 27 août, inchangé depuis plusieurs semaines, dans une fourchette cible de 3,50 à 3,75 %. [6]

L’outil FedWatch du CME, qui dérive ces probabilités du contrat à terme sur Fed funds, valorise une hausse de 25 points de base à 65,9 % le 31 août. [7]

Décisions des banques centrales : impacts pour le trader européen

La BCE se prononce sur ses taux directeurs le 10 septembre, la Fed le 16. Six jours séparent les deux décisions. Ni l’une ni l’autre ne s’est engagée sur ce qu’elle comptait faire. La BCE se dit dépendante des données, réunion par réunion. Warsh écarte l’orientation prospective.

La probabilité d’une hausse de la Fed en septembre est passée de 41,4 % le 24 août à 57,0 % le 28, jour du discours, puis à 65,9 % le 31.

Autrement dit, les marchés anticiperaient d’ores et déjà cette hausse. Et l’attention se reporterait davantage sur les projections des membres du comité, publiées le même jour, et sur les réunions suivantes. Toutefois, il ne faut pas négliger que le statu quo ressort à 34,1 %. Si la hausse n’intervenait pas, les marchés actions s’offriraient un peu de répit.

Au-delà de septembre, le marché ne valorise aucune baisse de la Fed. La probabilité d’un taux directeur américain supérieur à la fourchette actuelle atteint 75,0 % pour la réunion du 28 octobre et 88,7 % pour celle du 9 décembre. La probabilité d’une baisse ressort à 0,0 % aux trois échéances.

Côté BCE, le compte rendu du 23 juillet relevait déjà une hausse de septembre « quasi intégralement intégrée » par le marché. Une seconde l’était pleinement à l’horizon de février 2027. Ce constat date de la réunion, soit avant le discours de Jackson Hole et avant la publication de l’inflation de juillet.

Le modèle de la Banque de France retient qu’un resserrement de la politique monétaire fait monter le taux OIS à deux ans et baisser les cours des actions. [8] Mais une hausse attendue qui ne se concrétise pas peut entraîner des variations contraires.

Par exemple, le 21 novembre 2021, Christine Lagarde avait écarté une hausse de la BCE pour 2022. L’euro était tombé à 1,1301 dollar et les valeurs bancaires avaient cédé environ 2 %. Un report de hausse allège la contrainte sur les valorisations et retire aux banques la perspective de marges plus larges. Notre guide pour trader les décisions de banques centrales revient sur ces mécanismes.

Les outils pour suivre les deux échéances

DateÉchéanceCe qui est publié
Mardi 1er septembreInflation zone euro, aoûtEstimation rapide Eurostat
Jeudi 10 septembre, 14h15Décision BCETaux directeurs, conférence de presse à 14h45
Mercredi 16 septembreDécision de la FedTaux directeurs et projections des membres du comité
Jeudi 17 septembreInflation zone euro, aoûtPublication détaillée par composante
Mercredi 28 octobreDécision de la FedTaux directeurs
Jeudi 29 octobreDécision BCETaux directeurs

Eurostat publie l’inflation de la zone euro en deux temps. L’estimation rapide sort en fin de mois, le détail par composante deux semaines plus tard. Seule la première tombe avant la décision de la BCE.

Notre page Outils de trading gratuits réunit le calendrier économique filtrable par impact, le suivi du taux directeur de la Fed avec le détail des votes et celui du taux de dépôt de la BCE, chacun avec le compte à rebours de la prochaine réunion.

Si vous tradez les décisions des banques centrales, il est important de suivre les cours à l’aide d’un graphique en temps réel, comme ceux de ProRealTime. Un plan de trading calibré sur une séance ordinaire n’y résiste pas toujours. Réduire la taille des positions et surveiller de près les ordres de protection limite l’exposition à ces deux fenêtres.

Pour les débutants, le compte de démonstration permet de s’entraîner dans un environnement virtuel à appréhender ce type de séances.

Banques centrales : à retenir

Entre septembre 1994 et mars 2011, les actions américaines gagnaient 49 points de base en moyenne dans les vingt-quatre heures précédant une annonce du FOMC. Lucca et Moench, qui ont mesuré cette dérive, y voyaient près de 80 % du rendement annuel des actions. [9]

Cette dérive a disparu. Kurov, Wolfe et Gilbert ont prolongé l’étude jusqu’en décembre 2019. Ils trouvent 44 points de base entre avril 2011 et décembre 2015, puis 9 points de base à partir de janvier 2016. [10]

Ce gain rémunérait un risque : garder des actions jusqu’à une annonce dont personne ne connaissait le contenu. La Fed est devenue plus prévisible. Le risque a baissé, le gain aussi.

Pour les prochaines échéances de la Fed et de la BCE, personne n’attend de baisse et le statu quo reste minoritaire. La hausse est déjà dans les cours.

Le statu quo peut pourtant l’emporter le 10 septembre. La hausse prévue n’aurait alors pas lieu. Les actions européennes en profiteraient. Les banques, qui gagnent à des taux plus élevés, y perdraient.

L’inflation est l’un des principaux indicateurs du moment. Le compte rendu de juillet rattache la pause de la BCE à celle de juin, ressortie sous les attentes à 2,8 %. Juillet affiche 2,9 % d’inflation.

Prochain rendez-vous : jeudi 10 septembre à 14h15, la décision de la BCE. Celle de la Fed suit six jours plus tard, avec les projections de ses membres.

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Audrey Croiset
Investisseur et Auteur

Lead Copywriter chez Syntax Finance, Audrey possède un diplôme d’études comptables et financières (DECF) et une expérience professionnelle de plus de 15 ans dans les secteurs bancaire et comptable.