Trend following : suivre la tendance avec les bons indicateurs
La plupart des traders essaient de prédire le prochain mouvement du marché. Le trend following tente une autre approche : il ne cherche pas à deviner la direction du cours, mais il s’attache à suivre une tendance tant qu’elle ne faiblit pas.
Le principe est simple : repérer une tendance déjà en place, l’accompagner tant qu’elle dure, puis sortir quand elle s’essouffle.
Cette approche, popularisée par des traders devenus légendaires et toujours employée par de grands fonds d’investissement, repose moins sur l’intuition que sur des règles claires et quelques indicateurs bien choisis.
Les statistiques du trading font état de 97% de traders perdants. Le trading exige de comprendre des produits financiers complexes et de supporter des risques élevés, dont des pertes rapides supérieures aux dépôts.
Les grands principes du trend following
1. Suivre la tendance
Le trend following part d’un simple constat : à court terme, le cours est très difficile à prévoir. En revanche, une tendance déjà installée a statistiquement plus de chances de se poursuivre.
Cet effet momentum a été mis en évidence par Jegadeesh et Titman en 1993. Ces deux universitaires montrent que sur des horizons de 3 à 12 mois, les actifs qui ont surperformé continuent en moyenne de surperformer. [1]
Le trend follower ne cherche donc pas le point bas ni le point haut pour entrer sur le marché. Il attend qu’une tendance soit confirmée par le cours, puis se positionne dans son sens. Il réagit à un signal objectif (cassure d’un canal baissier, franchissement d’une moyenne mobile, passage au vert d’un indicateur de suivi de tendance) plutôt qu’à une prévision personnelle.

2. Laisser courir les gains
Une tendance forte peut durer plus longtemps qu’on ne l’imagine au moment de se positionner.
L’erreur classique consiste à empocher ses bénéfices au premier objectif rond (+10 % ou +20 %), alors que la tendance n’en est souvent qu’à ses débuts.
En trend following, le trader ne se fixe pas forcément d’objectif de gain à l’avance. Il laisse la position vivre tant que la tendance reste intacte, et il n’allège ou ne sort qu’au premier signal d’essoufflement, par exemple lors de la cassure à la baisse d’une moyenne mobile moyen terme ou du retour du canal au rouge de l’indicateur PRT Bands.

3. Couper ses pertes au bon moment
Le trend following n’est pas une stratégie infaillible : la majorité des entrées ne débouchent pas sur une vraie tendance. La stratégie ne tient que si chaque perte reste petite et décidée à l’avance. Le stop représente une donnée essentielle du plan : on sait, avant d’entrer, à quel niveau on sortira si la tendance ne se confirme pas.
Tout l’enjeu consiste à le placer au bon endroit : assez loin pour ne pas se faire sortir par le bruit normal du marché, assez près pour que la perte reste contenue.
Les Turtle traders calibraient ce niveau sur la volatilité de la valeur et limitaient le risque à 1 à 2 % du capital par position. Dès que le signal est invalidé, on sort sans rediscuter : les pertes demeurent assez faibles pour que les rares grosses tendances puissent largement les compenser.

4. Gagner gros plutôt que gagner souvent
En trend following, la performance ne vient pas de la régularité des gains, mais de leur taille. Les rendements présentent une asymétrie positive : beaucoup de petites pertes et de petits gains, et une minorité de fortes tendances qui font, à elles seules, le résultat. [2]
La conséquence est contre-intuitive : on peut être rentable tout en se trompant plus souvent qu’on ne réussit. Ce qui compte n’est donc pas le pourcentage de trades gagnants, mais le rapport entre le gain moyen et la perte moyenne.
Cette asymétrie impacte les émotions du trader : il faut encaisser une série de petites pertes sans dévier, en attendant les quelques mouvements qui paient véritablement.
5. S’en tenir au plan de trading
Le trend following est avant tout une affaire de discipline. Les grands suiveurs de tendance ne tradent pas à l’intuition : ils suivent un plan de trading qui fixe à l’avance les configurations d’entrée et de sortie, ainsi que le montant des ordres.
L’expérience des Turtle traders le prouve : Richard Dennis a démontré qu’un système mécanique enseigné à de parfaits débutants pouvait les rendre rentables, signe que c’est la méthode qui prime sur le « flair ». Le plus difficile n’est d’ailleurs pas de concevoir ce plan, souvent simple, mais de s’y tenir. C’est cette constance qui sépare les trend followers profitables des autres.
Les meilleurs indicateurs de tendance
Aucun indicateur est autosuffisant. Un trend follower en combine plusieurs, avec des objectif précis : identifier la tendance, mesurer sa force, confirmer sa dynamique, puis l’accompagner. Voici quelques outils qui peuvent vous servir.
| Indicateur | Ce qu’il révèle | Son rôle en trend following |
|---|---|---|
| Moyennes mobiles | La direction de la tendance | Donner le sens : haussier ou baissier |
| ADX | La force de la tendance | Filtrer : ne suivre que les tendances assez fortes |
| MACD | La dynamique (momentum) | Confirmer l’accélération ou l’essoufflement |
| Canaux et systèmes (SuperTrend, Donchian, Ichimoku, PRT Bands) | Les bornes visuelles de la tendance | Matérialiser les entrées, les sorties et les stops |
1. Identifier la tendance avec les moyennes mobiles
La moyenne mobile est l’outil de base du suivi de tendance. En lissant le cours sur une période donnée, elle filtre le bruit du marché et révèle la direction de fond.
On note différents niveaux de lecture.
- Le sens de la moyenne mobile : ascendant, la tendance est haussière, descendant, la tendance est baissière.
- Sa position par rapport au cours : une moyenne mobile haussière peut servir de support dynamique sur lequel le cours vient rebondir. Au contraire, la cassure d’une moyenne mobile peut être le signal d’un retournement de tendance.
Reste à déterminer la période de référence.
Pour Stan Weinstein, il s’agit de la moyenne mobile simple à 30 semaines, en données hebdomadaires : tant que le cours reste au-dessus d’une MM30 orientée à la hausse, la tendance est intacte. [3] Weinstein relève d’ailleurs que la MM200 journalière couvre un horizon comparable.

En données journalières, certains trend followers s’appuient sur la MM50 et la MM200. Ils sont attentifs à leurs croisements : quand la MM50 passe au-dessus de la MM200 (le « golden cross »), une tendance haussière s’amorce ; le croisement inverse (le « death cross ») signale son retournement.
La moyenne mobile n’est pas infaillible pour autant. Calculée sur les cours passés, elle réagit avec un temps de retard ; et dans un marché sans tendance, elle multiplie les faux signaux. Une moyenne exponentielle, qui pondère davantage les cours récents, atténue ce retard sans le supprimer.
2. Mesurer la force de la tendance avec l’ADX
Identifier une tendance ne suffit pas : encore faut-il qu’elle soit assez forte pour valoir la peine d’être suivie. C’est le rôle de l’Average Directional Index (ADX), créé par Welles Wilder. [4]
L’ADX mesure la force d’une tendance sur une échelle de 0 à 100 :
- sous 20, le marché n’a pas de tendance, il évolue en range ;
- au-dessus de 25, une tendance s’installe, et plus l’ADX monte, plus elle est puissante.
Le sens, lui, est donné par deux lignes qui accompagnent l’ADX : le +DI et le -DI (Directional Indicator). Le +DI mesure l’ampleur des mouvements haussiers, le -DI celle des mouvements baissiers : quand le +DI passe au-dessus du -DI, la pression acheteuse l’emporte ; dans le cas inverse, c’est la pression vendeuse qui prend le dessus. L’ADX ne fait que quantifier la force du camp qui domine.
En pratique, l’ADX sert de filtre d’entrée : il indique quand le marché est réellement en tendance, et mérite une stratégie de suivi, et quand il vaut mieux s’abstenir. C’est le complément naturel de la moyenne mobile, dont il corrige le principal défaut : les faux signaux quand il n’y a pas de tendance.

3. Confirmer la dynamique avec le MACD
Une fois la tendance identifiée, le MACD (Moving Average Convergence Divergence), créé par Gerald Appel, sert à juger sa dynamique. Il repose sur l’écart entre deux moyennes mobiles exponentielles (12 et 26 périodes), complété par une ligne de signal (moyenne à 9 périodes) et un histogramme.
Quand le MACD est au-dessus de sa ligne de signal et au-dessus de zéro, la tendance dispose d’une dynamique haussière ; l’histogramme montre si cet élan s’accélère ou s’essouffle.
Les trend followers sont attentifs aux divergences du MACD : lorsque le cours inscrit un nouveau plus haut sans que le MACD en fasse autant, la dynamique faiblit en coulisses, signe qu’une tendance approche peut-être de son terme avant même que le cours ne se retourne.
Le MACD reste toutefois un indicateur de confirmation : il accompagne la tendance, il ne la détecte pas seul, et se montre peu fiable en marché sans direction.

4. Suivre visuellement la tendance avec les canaux et systèmes
Plusieurs outils traduisent la tendance directement sur le graphique.
- Les canaux de Donchian tracent le plus haut et le plus bas des N dernières périodes : un cours qui sort par le haut signe une cassure haussière. C’est la mécanique du système des Turtle traders.
- Le SuperTrend, fondé sur la volatilité (l’ATR), affiche une ligne qui passe sous le cours en tendance haussière et bascule au-dessus au retournement, en changeant de couleur. Il fait aussi office de stop suiveur.
- L’Ichimoku est un système japonais qui résume la tendance d’un coup d’œil. Son nuage sert de repère : au-dessus, la tendance est haussière ; en dessous, baissière ; à l’intérieur, indécise.
- Enfin, les PRT Bands synthétisent cette lecture : un canal qui passe au vert quand la hausse s’amorce, l’accompagne, puis signale son essoufflement. Conçu pour le suivi de tendance, c’est l’un des outils les plus complets de cette famille sur ProRealTime.

Trend following en pratique : une méthode en 4 temps
Principes et indicateurs en main, reste à les mettre en œuvre. Le trend following ne s’improvise pas : il suit une routine en quatre temps.
- Vérifier l’existence d’une tendance. Un ADX au-dessus de 25, ou un cours nettement au-dessus d’une moyenne mobile orientée à la hausse, suffit à l’établir. En l’absence de tendance, on s’abstient d’entrer en position.
- Prendre position. On ne cherche pas forcément un point bas. On se positionne une fois la tendance haussière confirmée par le cours. Pour affiner, on attend une phase de repli plutôt que d’acheter au plus haut de l’emballement.
- Laisser courir et protéger sa position. On laisse la tendance se dérouler. Le risque, lui, est borné dès l’entrée par un stop, calibré pour ne pas perdre plus de 1 à 2 % du capital sur le trade. Ce stop se remonte au fil de la hausse (stop suiveur), souvent calé sous la moyenne mobile ou la borne basse du canal.
- Sortir sur l’invalidation. On ne sort pas sur une simple intuition mais on attend un signal déterminé en amont : cassure sous la moyenne mobile, canal repassé au rouge, croisement baissier. Les premiers signes d’essoufflement peuvent justifier d’alléger avant la sortie complète de position.
Les PRT Bands permettent justement de suivre la tendance de bout en bout : de l’entrée en position, lors du passage du canal au vert, à la sortie, lors du retournement.

Les grands trend followers
En 1983, un trader de Chicago, Richard Dennis, lance un pari à son associé William Eckhardt : le trading, ça s’apprend. Eckhardt n’y croit pas, persuadé qu’il faut un don. Pour trancher, Dennis passe une annonce dans la presse financière et recrute des inconnus. Plus de mille personnes répondent ; il en retient une douzaine, surnommés les Turtle traders (« on va faire pousser des traders comme on élève des tortues », aurait-il lancé au retour d’une ferme d’élevage visitée à Singapour).
Il les forme en deux semaines à un système mécanique de suivi de tendance, puis leur confie son propre argent. Le résultat est sans appel : en cinq ans, les tortues dégagent un profit cumulé d’environ 175 millions de dollars. [5] .
L’épilogue est encore plus parlant : les règles des Turtles ont fini par être rendues publiques, et pourtant rares sont ceux qui, les ayant sous les yeux, ont su les appliquer. Le suivi de tendance ne manque pas de disciples célèbres, de Michael Covel aux grands fonds de managed futures qui le déploient sur des centaines de marchés. Mais sa vraie difficulté n’a jamais été de connaître les règles : c’est de s’y tenir.
Limites et risques du trend following
Le trend following n’est pas une martingale. Ses faiblesses sont connues, et mieux vaut les accepter avant de se lancer.
- Les marchés sans tendance. C’est son talon d’Achille : la plupart du temps, les marchés oscillent sans direction. Dans ces phases, le trend follower enchaîne les faux signaux et les petites pertes. Un filtre comme l’ADX aide à les éviter, mais aucun filtre ne supprime totalement le problème.
- Les longues traversées du désert. Comme les gains viennent d’une poignée de fortes tendances, il faut parfois endurer de longues séries de pertes avant qu’une vraie tendance ne paie. Les stratégies de suivi de tendance ont ainsi traversé une décennie de sous-performance dans les années 2010. [6] Ces drawdowns sont éprouvants et poussent beaucoup à abandonner au pire moment.
- Plus de trades perdants que gagnants. Se tromper plus souvent qu’on ne réussit exige une discipline que tout le monde n’a pas.
FAQ
Le trend following fonctionne-t-il sur toutes les classes d’actifs ?
Oui, c’est l’une de ses forces : actions, indices, devises, matières premières, cryptomonnaies, une tendance se suit de la même façon partout. Les grands fonds systématiques l’ont d’ailleurs d’abord déployé sur les matières premières et les contrats à terme.
Faut-il un indicateur payant pour s’y mettre ?
Non. Les principes fonctionnent avec des outils gratuits comme les moyennes mobiles ou le MACD. Sur ProRealTime, un indicateur de suivi de tendance comme les PRT Bands est même intégré nativement et sans frais.
Le trend following convient-il aux débutants ?
L’expérience des Turtle traders a montré qu’il s’apprend. Sa difficulté n’est pas technique mais psychologique : encaisser une série de petites pertes sans renoncer à la méthode au pire moment.
Le trend following marche-t-il encore aujourd’hui ?
Il a connu une longue traversée du désert dans les années 2010, mais reste une approche éprouvée sur le long terme, particulièrement efficace lors des grands mouvements directionnels et des périodes de crise.
Article sources
Fondateur et rédacteur en chef de NewTrading.fr, Maxime vous partage son expérience pour découvrir le trading sans vous faire plumer. Diplômé du Master Grande École de SKEMA Business School et d’un Master en Analyse financière internationale de la Faculté de finance, banque et comptabilité de Lille, Maxime pratique le trading depuis 2009.
