Brent sous les 100 $ : la hausse des taux BCE de jeudi ne fait plus débat

Écrit par Audrey Croiset
Othmane Bennis
Édité parOthmane Bennis
Publié le 8 septembre 2026

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97,16 $. C’est la clôture du Brent lundi, après 89,31 $ le vendredi 28 août. Il dépasse 98 $ mardi en séance, deux jours avant que la BCE ne décide de la hausse de ses taux ou du statu quo.

L’essentiel

L’énergie, qui pèse 9,0 % de l’indice, a gagné quatre points en un mois, à 14,3 %. Les services, qui en pèsent 46,8 %, perdent trois dixièmes, à 3,0 %. L’inflation sous-jacente recule elle aussi, de 2,5 % à 2,4 %.

La BCE se réunit à Berlin les 9 et 10 septembre et devrait porter son taux de dépôt à 2,50 %. Son compte rendu de juillet décrit pourtant un choc de raffinage, sans que ce choc soit passé dans les salaires ni dans les prix domestiques.

Les 65 économistes interrogés par Reuters attendent cette hausse puis la fin du cycle, alors que les contrats à terme de taux en valorisent une troisième.

Avertissement

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Une inflation à 3,3 %, portée par la seule énergie

L’inflation de la zone euro est ressortie à 3,3 % en août, contre 2,9 % en juillet. Eurostat a publié cette estimation rapide le 1er septembre. [1]

Les composantes de l’indice des prix ne vont pas toutes dans le même sens.

L’énergie gagne quatre points en un mois. Elle ne pèse que 9,0 % de l’indice. Les services, qui en pèsent 46,8 %, reculent de trois dixièmes à 3,0 %. L’inflation sous-jacente, qui retire l’énergie, l’alimentation, l’alcool et le tabac, revient de 2,5 % à 2,4 %.

Le chiffre de la zone euro cache une réalité bien différente d’un pays à l’autre. La Lituanie ressort à 5,8 % et l’Estonie à 1,3 %. La France est à 2,7 % tandis que l’Espagne est à 4,5 %. La Bulgarie, qui a rejoint la zone euro le 1er janvier 2026, affiche 5,1 %.

La flambée ne vient pas seulement du prix du baril. La BCE l’a écrit dans le compte rendu de sa réunion des 22 et 23 juillet : les prix du brut n’avaient « pas été représentatifs » du marché de l’énergie au sens large ces dernières semaines.

L’écart entre le prix des produits raffinés et celui du brut, qui sert à estimer les marges de raffinage, suivait « une pente fortement ascendante » et atteignait « de nouveaux records absolus ». La BCE rattache cette tension à des stocks tendus et à des capacités de raffinage contraintes, après la destruction d’installations au Moyen-Orient et en Russie. [2]

Le taux de dépôt attendu à 2,50 % jeudi

Le Conseil des gouverneurs se réunit mercredi et jeudi à Berlin, accueilli par la Deutsche Bundesbank. La décision de taux tombe jeudi à 14h15, la conférence de presse suit à 14h45 et les projections macroéconomiques paraissent à 15h45. [3] La réunion suivante, les 28 et 29 octobre, se tiendra de nouveau à Francfort. [4]

Trois taux sont en jeu, inchangés depuis le 17 juin. [5]

Taux directeurAujourd’huiAprès un quart de point
Facilité de dépôt2,25 %2,50 %
Refinancement principal2,40 %2,65 %
Prêt marginal2,65 %2,90 %

Le mouvement de juin était le premier à la hausse depuis 2023. La BCE l’avait justifié par la guerre au Moyen-Orient, qui « génère des pressions inflationnistes », en qualifiant la décision de « robuste face à un éventail de scénarios » sur l’évolution du choc. Tout dépendrait ensuite, écrivait-elle, de « l’intensité et de la durée » du choc énergétique et de « l’ampleur de ses effets indirects et de second tour ». [6]

Le Conseil a ensuite laissé ses taux en place le 23 juillet. Le compte rendu de cette réunion indique qu’une nouvelle hausse « serait probablement nécessaire à moins que les perspectives d’inflation ne s’améliorent significativement ».

Depuis cette réunion, l’inflation est passée de 2,9 % à 3,3 % et le baril a pris près de neuf dollars.

Le Conseil s’était toutefois gardé de se pré-engager, pour laisser ouverte l’hypothèse d’une amélioration des perspectives à moyen terme. Le repli des services et du sous-jacent en août lui en donne un argument.

Le détail des trois taux directeurs et le calendrier complet des réunions sont dans notre page de suivi du taux directeur BCE.

Une hausse de taux mais pas deux ?

Les 65 économistes interrogés par Reuters entre le 31 août et le 3 septembre prévoient tous un quart de point jeudi. Ils étaient 83 % dans l’enquête d’août et 72 % avant la réunion de juillet. [7]

Pour les réunions suivantes, les avis divergent. Les contrats à terme sur taux intègrent un troisième mouvement, selon Reuters, tandis que 91 % des économistes voient le taux de dépôt finir l’année à 2,50 %.

La plupart d’entre eux estiment que la hausse des prix de l’énergie ne devrait pas déclencher de pressions inflationnistes généralisées.

Un choc énergétique s’installe quand il se répercute dans les salaires et dans les prix des autres biens. La BCE appelle cela les effets de second tour. « Les effets de second tour des chocs de prix de l’énergie ne se sont pas encore installés dans la dynamique des prix et des salaires domestiques », écrit-elle dans le compte rendu de sa réunion des 22 et 23 juillet. Quatre constats appuient cette lecture :

  • une progression des salaires négociés qui ralentit, à 2,6 % cette année ;
  • des anticipations d’inflation à moyen et long terme ancrées autour de 2 % ;
  • des marges d’entreprises stables ;
  • un effet limité de la politique budgétaire sur la demande globale.

Carsten Brzeski, chef économiste macro chez ING, formule une objection auprès de Reuters : « il est difficile d’imaginer la BCE prête à risquer une récession pour combattre ce qui reste un cas d’école de choc d’offre ».

La dernière fois que la BCE a relevé ses taux deux fois face à une flambée pétrolière, c’était en 2011. Beaucoup de responsables monétaires considèrent aujourd’hui ces deux hausses comme une erreur, rappelle Reuters.

Le compte rendu de la BCE situe pourtant la balance des risques « nettement orientée à la hausse » sur deux ans. Alain Durré, chef économiste Europe chez Natixis, décrit à Reuters le canal par lequel un choc d’offre finit par se diffuser : « les prix élevés du diesel, de l’essence et de l’alimentation sont très visibles pour les consommateurs. Si ces pressions durent, les anticipations d’inflation à court terme des consommateurs remonteront. Et il y a alors un risque de dérapage des salaires. »

Les projections de jeudi 15h45 diront si la BCE voit toujours le choc se refermer.

Six jours plus tard, le 16 septembre, la Fed doit se prononcer à son tour sur la hausse ou le statu quo de ses taux. Nous avons évoqué, le 31 août, les intentions des deux banques centrales.

Les futures pour s’exposer à la décision depuis l’Europe

Trois familles de futures cotées sur Eurex permettent de s’exposer à ce type d’annonce, à des degrés différents. Notre guide pour trader les décisions de banques centrales décrit ce qui bouge à l’instant de l’annonce.

Les futures sur taux courts sont les plus directs. Eurex cote des futures sur l’Euribor trois mois. La bourse décrit l’Euribor comme « la référence du marché monétaire en euro », le taux auquel les banques de la zone euro proposent des dépôts interbancaires à trois mois. Elle cote aussi des futures sur l’€STR, le taux à court terme de l’euro que la BCE publie chaque jour ouvré à partir des transactions de la veille. [8]

Les futures obligataires ne réagissent qu’en partie. Une décision ne se propage pas de la même façon sur toute la courbe : le court terme suit la trajectoire attendue du taux directeur, le long terme y ajoute la prime exigée pour immobiliser son argent plus longtemps. Nous avons détaillé ce mécanisme en août, quand le 30 ans américain touchait son plus haut depuis dix-neuf ans. Eurex cote la gamme allemande, Schatz, Bobl, Bund et Buxl, ainsi que des dérivés sur les obligations espagnoles, italiennes et françaises, qu’elle présente comme une couverture « tout au long de la courbe des taux en euro ».

Les futures sur indices ne bougent que par ricochet, la décision comptant parmi tout ce qui fait bouger le marché ce jour-là. Eurex range le contrat sur l’EURO STOXX 50 parmi ses futures les plus liquides. [9]

Notre top des brokers futures passe en revue les offres accessibles depuis l’Europe.

Taux BCE : à retenir

La BCE devrait relever ses taux jeudi sous l’effet de l’inflation. Le taux de dépôt passerait alors de 2,25 % à 2,50 %, sa deuxième hausse de l’année après celle de juin.

Eurostat a publié le 1er septembre une inflation de 3,3 % en août, contre 2,9 % en juillet. La hausse s’explique par l’augmentation des prix de l’énergie.

La BCE se réunira ensuite les 28 et 29 octobre, puis les 16 et 17 décembre. Les 65 économistes interrogés par Reuters prévoient une hausse jeudi, puis la fin du cycle : 91 % attendent un taux de dépôt à 2,50 % en fin d’année et 78 % prévoient un statu quo jusqu’au milieu de 2027.

La remontée des taux n’est pas propre à la zone euro. La Fed doit se prononcer le 16 septembre, la Banque du Japon les 17 et 18. [10] Le taux directeur de cette dernière est à 1,0 % depuis le 16 juin. [11] Un membre du Conseil réclamait déjà une hausse à 1,25 % lors de la réunion précédente. [12]

Prochain rendez-vous, jeudi 10 septembre. Les trois taux directeurs et le calendrier complet des réunions sont dans notre page de suivi du taux directeur BCE.

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Audrey Croiset
Investisseur et Auteur

Lead Copywriter chez Syntax Finance, Audrey possède un diplôme d’études comptables et financières (DECF) et une expérience professionnelle de plus de 15 ans dans les secteurs bancaire et comptable.