Le Trésor américain double ses rachats après un 30 ans au plus haut depuis 2007
5,31 %. C’est le niveau de clôture du 17 août de l’emprunt d’État américain à 30 ans, du jamais vu depuis juin 2007. Deux jours plus tard, le Trésor doublait ses rachats de dette longue.
L’essentiel
- Le Trésor américain porte le plafond de ses rachats de dette longue de 2 à 4 milliards de dollars par opération, du 9 septembre au 4 novembre. Le 30 ans a reflué le jour de l’annonce, à 5,19 %.
- En 2026, le 2 ans a pris 72 points de base contre 45 pour le 30 ans, sans que la Fed touche à ses taux. Ses minutes de juillet évoquent des anticipations de taux directeurs plus élevés.
- Le 30 ans de la zone euro est lui aussi au plus haut depuis quinze ans, à 3,74 %.
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Des rachats doublés jusqu’au 4 novembre
Le Trésor américain a annoncé le 19 août 2026 qu’il allait au moins doubler la taille de ses opérations de rachat de dette longue. Le plafond par opération passe de 2 à 4 milliards de dollars au minimum. [1]

La mesure vise deux segments de la courbe, celui des titres à 10-20 ans et celui des titres à 20-30 ans. Elle entre en vigueur le 9 septembre et court jusqu’au 4 novembre 2026, date du prochain refinancement trimestriel.
Un rachat de ce type ne réduit pas la dette américaine. Le Trésor rachète sur le marché secondaire ses anciennes obligations longues, celles qui s’échangent le moins bien, puis se refinance sur d’autres maturités. « Ce n’est pas un remboursement de dette, c’est un réaménagement du calendrier de maturités », résume Peter Boockvar, directeur des investissements chez One Point BFG Wealth Partners, cité par CNBC.
Le communiqué justifie l’opération par un besoin de soutien accru à la liquidité sur les maturités longues, là où le Trésor dit recevoir un volume important d’offres de qualité. Le calendrier détaillé des rachats sera publié ultérieurement.
Le marché a répondu dans la journée. Le 30 ans a clôturé le 19 août à 5,19 % et le 10 ans est revenu à 4,65 %.
Le 4 novembre, le Trésor dira s’il prolonge.
Pourquoi le 30 ans est monté à 5,31 % ?
Le 17 août, le rendement à 30 ans du Trésor américain a clôturé à 5,31 %. Il faut remonter au 12 juin 2007 et à un niveau de 5,35 % pour retrouver une clôture aussi haute. [2]
Dix-neuf ans.
La presse financière a titré sur 5,33 %. C’est un plus haut touché en séance le 18 août, que le marché n’a pas gardé, puisque la clôture du même jour ressort à 5,28 %. Les niveaux cités ici sont ceux des clôtures publiées par le Trésor, qui permettent la comparaison avec 2007.
Anshul Pradhan, qui dirige la recherche sur les taux américains chez Barclays Capital, avance trois causes dans une note citée par CNBC :
- le déficit fédéral américain ;
- les émissions obligataires liées à l’intelligence artificielle, qui concurrencent les Treasuries ;
- la prime réclamée par les investisseurs pour détenir de la dette longue.
Il relevait le 17 août que « trois publications distinctes plaidaient pour des taux plus bas ce mois-ci ». Les rendements longs sont montés malgré tout.
Le pétrole a poussé dans le même sens ce jour-là. Selon CNBC, le Brent a gagné 2,7 % pour clôturer à 90,87 $ et le WTI 2,6 % à 84,50 $, alors qu’expirait le délai de 60 jours fixé pour un accord de paix entre Washington et Téhéran.
Sur 2026, pourtant, ce n’est pas le 30 ans qui a le plus monté.
| Maturité | 2 janvier 2026 | 17 août 2026 | Variation |
|---|---|---|---|
| 2 ans | 3,47 % | 4,19 % | +72 pb |
| 10 ans | 4,19 % | 4,72 % | +53 pb |
| 30 ans | 4,86 % | 5,31 % | +45 pb |
Le 2 ans a pris 72 points de base, le 30 ans 45. L’écart entre les deux s’est resserré de 139 à 112 points de base.

Les deux maturités ne répondent pas aux mêmes forces. Le 2 ans suit surtout la trajectoire attendue du taux directeur sur deux ans. Le 30 ans y ajoute la prime réclamée pour immobiliser son argent pendant trente ans. Une inquiétude sur la soutenabilité de la dette pèse donc d’abord sur le 30 ans.
La Fed, elle, n’a pas bougé de l’année. Le taux effectif des Fed funds s’établissait à 3,64 % le 2 janvier et à 3,63 % le 17 août, dans une fourchette cible inchangée de 3,50 à 3,75 %. Sur la même période, le 2 ans est passé de 17 points de base sous ce taux à 56 points au-dessus. [3]
Le marché a cessé d’attendre des baisses.
Le communiqué de la Fed du 29 juillet va dans ce sens. Le comité a maintenu ses taux, mais par neuf voix contre trois. Beth Hammack, Neel Kashkari et Lorie Logan voulaient une hausse de 25 points de base. [4]
Notre guide pour trader les décisions de banques centrales détaille comment le marché se repositionne autour de ces annonces.
Le 30 ans européen, à son plus haut depuis 2011
Le mouvement n’est pas resté américain.
Le 18 août, la courbe des emprunts d’État les mieux notés de la zone euro ressortait à 3,74 % sur trente ans, d’après la Banque centrale européenne. Il faut remonter au 26 juillet 2011 pour retrouver ce niveau. [5]
Quinze ans.
En incluant les émetteurs moins bien notés, France et Italie comprises, le 30 ans de la zone euro cote 4,34 %, au plus haut depuis septembre 2012.

La BCE avait documenté le phénomène avant l’été. Dans son bulletin économique de février 2026, elle relevait que « les taux d’intérêt à très long terme ont fortement monté dans plusieurs économies avancées » sur l’année écoulée. Elle rattachait la pentification européenne à un retour vers des courbes de forme plus normale, à des taux réels longs plus élevés, à des « facteurs mondiaux » et à un repositionnement budgétaire des États de la zone. [6]
Pour un épargnant français, le repère reste l’OAT. L’indice TEC 10, qui suit le rendement de l’emprunt d’État français à dix ans, ressortait à 4,10 % le 19 août selon l’Agence France Trésor.
Un rendement qui monte, c’est un prix qui baisse. La valeur liquidative des fonds obligataires, ETF compris, recule donc quand les taux montent, en euros comme en dollars. Et plus les titres détenus sont longs, plus la baisse est marquée pour une même variation de taux.
Le mouvement dépasse l’Atlantique. Au Japon, le 10 ans est monté à 2,93 % et le 30 ans à 4,10 % le 18 août, selon le ministère des Finances japonais. [7]
Les outils pour s’exposer aux taux depuis l’Europe
Quatre familles d’instruments ouvrent le marché obligataire à un compte européen, avec des contraintes très différentes.
Les futures. Le Bund se traite sur Eurex, le T-Bond américain sur le CBOT, avec un levier intégré et des échéances trimestrielles à faire rouler (voir notre guide du trading de futures pour le mécanisme des marges et des roulements et notre top des courtiers futures pour les offres accessibles depuis l’Europe).
Les obligations en direct. Saxo donne accès aux obligations d’entreprise et d’État, dont les emprunts du Trésor américain et les gilts britanniques. Interactive Brokers couvre le même terrain à travers l’entité irlandaise du groupe, qui sert l’Union européenne et l’Espace économique européen, avec un catalogue obligataire où figurent les Treasuries.
Les ETF obligataires. Ils répliquent un indice d’emprunts d’État par tranche de maturité, sans levier ni échéance à faire rouler. L’exposition est celle de l’indice, soit une moyenne de maturités plutôt qu’un point précis de la courbe.
Les CFD. IG décrit ses CFD obligataires comme des « produits dérivés à effet de levier » où le client « n’est jamais propriétaire des obligations sous-jacentes ». Le courtier prévient que gains et pertes se calculent sur la valeur totale de la position, pas sur la couverture initiale.
Les trois courtiers cités ont un point commun. Ils exécutent les ordres passés depuis ProRealTime, qui sert alors de poste d’analyse et de backtest.
Taux longs : à retenir
Deux jours après le plus haut de dix-neuf ans touché par son 30 ans, le Trésor américain a doublé ses rachats de dette longue. Son communiqué invoque la liquidité. Les causes que Barclays met en avant sont ailleurs : le déficit fédéral, le volume d’émissions et la prime exigée sur la dette longue.
Le 30 ans a reflué à 5,19 % le 19 août. Il reste au-dessus de toutes les clôtures de 2025, dont la plus haute atteignait 5,08 %.
La Fed a publié le même jour les minutes de sa réunion de juillet. Sur la période qui a précédé cette réunion, les rendements du Trésor ont monté de 25 à 30 points de base, portés par la hausse des taux réels. Les taux nominaux, écrit la Fed, ont progressé « en grande partie sur des anticipations de taux directeurs plus élevés », tandis que les anticipations d’inflation à long terme restaient stables. [8]
En Europe, le 30 ans est lui aussi au plus haut depuis quinze ans. La BCE y voit des facteurs mondiaux, mais aussi le repositionnement budgétaire des États de la zone.
Prochain rendez-vous, les 15 et 16 septembre (voir notre calendrier des réunions du FOMC). La Fed y publiera ses projections économiques, celles qui donnent la trajectoire de taux anticipée par ses membres. Trois d’entre eux réclamaient déjà une hausse fin juillet, quand la majorité préférait attendre les statistiques de l’intervalle pour y voir plus clair sur l’inflation.
Article sources
Lead Copywriter chez Syntax Finance, Audrey possède un diplôme d’études comptables et financières (DECF) et une expérience professionnelle de plus de 15 ans dans les secteurs bancaire et comptable.
