BCE : une hausse des taux dès le 29 octobre ?

Audrey Croiset
Écrit par Audrey Croiset
Othmane Bennis
Édité parOthmane Bennis
Publié le 8 octobre 2026

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3,8 %. C’est l’inflation sur un an en zone euro en septembre, déjà plus que le pic de 3,6 % que la BCE prévoyait pour la fin de l’année. Pourtant, le marché ne donne que 13 % de chances à une hausse des taux le 29 octobre.

L’essentiel

Publié le 8 octobre, le compte rendu de la réunion de septembre ne donne aucune indication sur la suite.

Depuis, l’inflation de la zone euro grimpe à 3,8 %, tirée par l’énergie.

Pour le marché, une hausse est plus probable en décembre qu’en octobre.

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Le compte rendu de la BCE sur sa réunion de septembre

La BCE publie le 8 octobre le compte rendu de sa réunion des 9 et 10 septembre. Le Conseil y explique pourquoi il a relevé ses taux de 0,25 point, une décision prise à l’unanimité. [1] Ce relèvement était attendu, comme nous l’écrivions dans notre article du 8 septembre.

Le texte ne dit rien de la réunion du 29 octobre. Les membres du Conseil choisissent de ne rien annoncer sur la suite. Leur communication doit rester neutre : le relèvement de septembre n’est présenté ni comme une étape d’un cycle déjà fixé, ni comme le dernier.

Plusieurs constats du compte rendu vont dans le sens d’un nouveau relèvement des taux.

  • Tous les membres voient les risques sur l’inflation orientés à la hausse.
  • Les prix du gaz pourraient encore monter en cas de nouvelles perturbations ou d’un hiver froid, alors que les stocks sont bas.
  • Au moins un membre juge le scénario défavorable de la BCE plus probable que son scénario central. Le scénario défavorable suppose une flambée de l’énergie plus forte et plus durable.
  • À 2,50 %, le taux de dépôt reste dans la fourchette des taux neutres estimée par les équipes de la BCE, c’est-à-dire ni restrictif ni accommodant.

D’autres éléments vont dans le sens d’un statu quo.

  • Les salaires ne réagissent pas encore à la flambée de l’énergie. La BCE surveille de près ces effets dits de second tour : des hausses de salaires qui compenseraient l’inflation et l’entretiendraient.
  • La remontée des taux longs va déjà dans le sens du resserrement voulu par la BCE. Selon le compte rendu, elle pourrait avoir des conséquences sur le niveau à donner aux taux directeurs.
  • Il est aussi relevé que les conditions financières freinent déjà une partie de la demande.
  • Un règlement du conflit au Moyen-Orient dès cet automne reste possible, selon le texte.

L’inflation au-dessus du pic prévu par la BCE

La BCE se prononcera le 29 octobre en fonction des statistiques publiées depuis sa décision du 10 septembre : l’inflation, les prix de l’énergie et les attentes des ménages.

Inflation en zone euro en septembre 2026 : 3,8 % au total, 18,8 % pour l'énergie, 2,5 % hors énergie et alimentation, 3,2 % pour les services, pic prévu par la BCE à 3,6 %
L’inflation en zone euro en septembre. Source : Eurostat, BCE

Les prix à la consommation augmentent de 3,8 % sur un an en septembre dans la zone euro, selon l’estimation rapide d’Eurostat. Ils progressaient de 3,2 % en août et de 2,9 % en juillet. [2]

L’énergie tire l’ensemble, avec des prix en progression de 18,8 % sur un an. Hors énergie, alimentation, alcool et tabac, l’inflation reste stable à 2,5 %. Dans les services, elle atteint 3,2 %.

En septembre, la BCE prévoyait un pic de l’inflation à 3,6 % au quatrième trimestre. Le chiffre de septembre dépasse déjà ce niveau. [3] Son scénario central supposait un baril de Brent à 88 $ sur cette période. Le contrat à terme sur le Brent termine à 100,20 $ le 7 octobre.

Les ménages s’attendent eux aussi à plus d’inflation. Dans l’enquête d’août de la BCE, ils prévoient 3,0 % d’inflation dans un an, contre 2,9 % en juillet. [4] À cinq ans, ils tablent sur 2,5 %, le plus haut niveau depuis le lancement de l’enquête fin 2022.

Hausse des taux BCE : le marché parie sur décembre

Le 8 octobre, l’outil ECB WatchOutil indépendant qui calcule la probabilité de chaque décision de la BCE à partir des contrats à terme sur l’€STR, le taux interbancaire au jour le jour de la zone euro. Il dit reprendre la méthode de FedWatch, l’outil du CME pour la Fed. FedWatch est publié par l’opérateur de marché lui-même, ECB Watch par un projet privé. donne 13 % de probabilité à une hausse le 29 octobre, contre 87 % pour un statu quo. [5]

Les investisseurs repoussent plutôt l’échéance. Pour la réunion du 17 décembre, l’outil chiffre à 75,7 % les chances d’au moins un relèvement d’ici là. Le marché fait le même pari pour la Fed, comme nous l’avons détaillé dans notre article sur les minutes de la Fed.

Probabilités ECB Watch au 8 octobre 2026 : 87 % de statu quo le 29 octobre, 75,7 % pour au moins une hausse d'ici le 17 décembre
Probabilités de décision de la BCE selon le marché. Source : ECB Watch

Le compte rendu relève d’ailleurs un écart en septembre. Les marchés anticipaient alors deux à trois relèvements supplémentaires d’ici fin 2027, alors que les enquêtes auprès des analystes voyaient le taux de dépôt plafonner à 2,50 %. [6]

Au sein du Conseil des gouverneurs, les avis divergent

Depuis la réunion, plusieurs membres laissent la porte ouverte à une nouvelle hausse, sans fixer de date.

  • Christine Lagarde explique, dans La Croix le 30 septembre, que la BCE pourrait relever ses taux pour empêcher le choc énergétique de se diffuser à l’économie, au risque de peser sur la croissance.
  • Isabel Schnabel, membre du directoire, estime que la politique monétaire ne peut pas attendre que les effets indirects et de second tour se matérialisent.
  • Martins Kazāks, gouverneur de la banque centrale de Lettonie, considère dans un entretien à Econostream qu’une hausse en octobre resterait compatible avec les projections, mais sans urgence.
  • Le 19 septembre, Yannis Stournaras, gouverneur de la Banque de Grèce, n’excluait pas une hausse en octobre en cas de poussée de l’inflation en septembre ou de flambée de l’énergie. Il ne voyait toutefois pas de raison de se presser.

D’autres préfèrent attendre.

  • Philip Lane, chef économiste, rappelle que la BCE ne suit pas de trajectoire préétablie. Selon lui, la remontée récente des taux longs va ralentir la croissance plus que prévu en septembre.
  • Joachim Nagel, président de la Bundesbank, appelle à « la flexibilité, pas l’inaction ».
  • Olli Rehn, gouverneur de la Banque de Finlande, estime lui aussi que la remontée des taux longs va ralentir la croissance.
Avis au Conseil des gouverneurs de la BCE : Kazāks, Stournaras, Lagarde et Schnabel ouverts à une hausse, Rehn, Lane et Nagel plutôt pour attendre
Les avis au sein du Conseil des gouverneurs depuis la hausse de septembre. Source : BCE, banques centrales nationales, Econostream

Le 28 septembre, devant le Parlement européen, Christine Lagarde rappelait la ligne de la BCE. La banque centrale ne réagit pas au renchérissement de l’énergie en lui-même. Elle réagit s’il risque d’impacter durablement les autres prix.

Hausse ou statu quo le 29 octobre ?

Les partisans d’une hausse s’appuient sur l’inflation : elle dépasse déjà le pic prévu par la BCE et les ménages en attendent davantage.

Ceux d’un statu quo mettent en avant le freinage déjà à l’œuvre : l’inflation hors énergie reste stable et la remontée des taux longs risque de ralentir la croissance. En France, la Banque de France prévoit même une inflation sous 2 % dès 2027. [7]

La BCE répète qu’elle se prononce à chaque réunion, en fonction des données. L’estimation définitive de l’inflation de septembre sera publiée le 16 octobre, puis l’enquête de la BCE auprès des consommateurs le 23 octobre.

La décision du 29 octobre sera annoncée à 14h15, heure de Paris. Une conférence de presse suivra à 14h45. Les dates des réunions suivantes figurent sur notre page consacrée au taux directeur de la BCE.

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Audrey Croiset
Investisseur et Auteur

Lead Copywriter chez Syntax Finance, Audrey possède un diplôme d’études comptables et financières (DECF) et une expérience professionnelle de plus de 15 ans dans les secteurs bancaire et comptable.